Comment j’ai (re)commencé à écrire

Commencer un blog est une chose un peu effrayante. Que raconter dans le premier article ? Comment inaugurer cette aventure ? Alors que j’écris ces mots, une phrase me vient à l’esprit, c’est l’ouverture de Dune : « A beginning is a very delicate time. ». Comme la princesse Irulan a bien raison. Donc puisqu’il s’agit d’un début, quoi de mieux comme sujet, que le début? Voici donc, dans ce tout premier article, les raisons qui m’ont amenée à reprendre un stylo.

 

Il y a certaines étapes clés au début d’une vie, par lesquelles nous sommes censés passer si on veut « réussir » – j’insiste bien ici sur la présence de guillemets. On entre en maternelle. En primaire. Au collège. On passe son brevet. On entre au lycée. On décroche son bac. On étudie. On décroche un diplôme. Un stage. Puis, Ô miracle, la consécration, le Graal, on décroche le CDI qui vous ouvre les portes d’une carrière.
Tout au long de ce parcours, on s’accroche. On est concentrés sur l’étape d’après, les vacances dans 4 semaines, les examens dans 6, les oraux dans 4, les résultats dans 3… On passe tous ces checkpoints un par un et un nouveau surgit toujours derrière, bien en vu. Mais quand on arrive au bout, un gouffre s’ouvre. Vous voyez se dérouler devant vous 40 ans d’une carrière spécialisée, intéressante mais qui perd rapidement de son charme quand vous comprenez que vous êtes certainement coincé pour toujours dans un domaine précis. Est-ce que vous vous sentez vraiment capable de vous lever tous les matins avec un enthousiasme modéré jusqu’à ce que l’Etat puisse vous payer une hypothétique retraite? Gros vertige.
Vous vous rendez compte que vous ne faites pas partie des heureux élus qui ont pu faire de la grande passion de leur vie leur coeur de métier – vous savez, ceux qui n’ont même pas l’impression de travailler – et que votre niveau d’épanouissement sera réduit ou inexistant si vous continuez comme ça.
Donc en dehors des heures de bureau, en attendant de créer votre start up comme tout le monde, vous vous sentez dans l’obligation de vous consacrer à des choses qui vous font réellement plaisir, qui vous motivent, qui vous rendent vivant. Des heures où vous êtes enfin seul maître à bord, sans contraintes, libre de faire ce dont vous avez envie. Certains se (re)mettront au sport, d’autres se consacreront à leur famille, à leurs amis, à leur maison, aux travaux de peinture, à la philatélie, à la bièrologie… Il n’y a pas de mauvais choix, tant qu’on fait ce qu’on aime vraiment. Et donc bien sûr, d’autres écriront.

J’ai toujours aimé écrire. Petite, je tapais sur le premier mac de Papi les histoires de Lapinou. Lycéenne, je me délectais d’entendre la prof lire devant la classe mes devoirs « d’écriture d’invention ». Etudiante, j’avais des idées de roman et du temps. Trop de temps. Beaucoup trop. « Je ferai ça plus tard » était alors devenu mon moto.
C’est quand j’ai commencé à travailler, à me voir privée de ces longues heures de procrastination remplies de séries et de jeux vidéos, que je me suis pour la première fois rendue compte de la préciosité de ce temps que je croyais étirable à l’infini. C’est vrai, si l’on enlève le travail, le sommeil, les trajets, les corvées, que reste-t-il comme temps « libre » ?  Deux, peut-être trois heures le soir ? Une vingtaine le week end? J’étais terrifiée. Je devais me dépêcher de profiter de ces bouts de liberté. Je devais me dépêcher d’écrire cette histoire qui me trottait dans la tête. J’ai commencé par jeter quelques plans sur un cahier à petits carreaux. Quelques phrases. Et puis je l’ai laissé un peu de côté. J’ai fait autre chose de ces heures. Du chant lyrique. Des apéros. Des week ends. Et surtout profité de mon copain et mon chien. De temps en temps, je reprenais le fameux cahier et je gribouillais des phrases en espérant continuer sans effort jusqu’au mot « fin ». Une fois, je vais même jusqu’à taper 5 pages sur le pc. Je les laisse de côté. En Juillet 2014, je les retrouve par hasard. Et je suis super frustrée. Je trouve ça bien, j’ai envie de lire la suite. Sauf que pour la lire, je dois l’écrire. Je me dis que ça y est, je dois m’y remettre. Je décide d’attaquer dès l’automne – je n’arrive à rien l’été, il fait trop chaud.

Sauf que lorsque je rentre de vacances, en Septembre, mes jambes ne supportent plus mon poids dès le premier kilomètre de mon jogging dominical. En plein entraînement marathon, habituée à courir 30 km chaque week end, je sens que quelque chose ne va pas. Je resterai plusieurs mois immobilisée, incapable de me déplacer en dehors de mon appartement, trop fatiguée pour bouger mes doigts sur un clavier, traverser le salon, ou encore écrire un livre. Le virus est de type hépatite, mais on ne sait pas laquelle – au final on ne trouvera jamais. Durant ces longues heures de convalescence, je dors, je lis, je regarde la télé, en évitant soigneusement de passer devant les miroirs qui me renvoient l’image d’une fille au visage gris, émacié, aux cernes noires et creuses. Quand la situation s’améliore un peu, je sais que je ne peux plus me permettre de remettre constamment au lendemain ce projet de livre. Je dois jouir au maximum de toutes ces heures libres et les remplir de quelque chose qui me procure du plaisir. Je commence à écrire pour de vrai.

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