Réviser son texte. Aïe.

Naïvement, je pensais que lorsqu’on tenait son premier jet, 90% du travail était fait. Qu’il fallait seulement corriger les fautes, et hop ! À la poste ! 
Que nenni !
Je tenais à exposer ici la méthode que j’ai suivi pour améliorer mon récit – et je ne parle pas du style et des corrections orthographiques, il faudra attendre un autre article pour cela. Cette méthode a été inspirée par mes conversations avec d’autres auteurs (y compris mon père) et par la lecture de blogs que je ne peux que vous recommander (le blog de Florence Cochet vous distillera de précieux conseils ou encore le site des éditions Humanis). Encore une fois, ceci est le récit d’une aventure, pas une parole d’évangile, faites-en ce que vous en voulez !

ETAPE 1 : LAISSEZ REPOSER

Je suis victime du phénomène suivant : quand je viens décrire un paragraphe ou un chapitre, je trouve ça vachement bien. Je relis le lendemain, et je fais la grimace. Et une semaine plus tard, et j’ai le doigt qui tremble au dessus du bouton « Supprimer ». Pour en avoir discuté avec quelques auteurs, ce phénomène est assez (très) répandu – ces conversations m’ont autant rassurée que les énormes lettres jaunes « DON’T PANIC ». Une seule solution pour juger son texte efficacement d’après eux : le laisser reposer. Pas de repos, pas de recul. Il faut se donner suffisamment de temps pour oublier ce qu’on a écrit, évacuer un peu le sentiment de confusion qui peut habiter votre esprit et faire le nettoyage par le vide. Je me suis donc laissé quelques semaines qui n’ont pas été de tout repos.

ETAPE 2 : PREMIERE ROUND DE RELECTURE ET CORRECTIONS

J’ai imprimé mon texte et je me suis posée sur le canapé avec une bonne tasse de thé vert – et un bon stylo. Je dois avouer que c’est assez jubilatoire de pouvoir se relire – on a droit à l’effet « wow, c’est vraiment moi qui ait écrit tout ça? ». Et surtout, quand on a laissé le texte de côté suffisamment longtemps, on peut vraiment apprécier son travail : tout ce qui ne va pas saute aux yeux.

L’essentiel pour moi avec cette première relecture, c’était d’aller lentement, et de réussir à dégager les changements structurels que je devais faire. Et quand je parle de changements structurels, attention, je ne parle pas de telle ou telle petite phrase à reformuler, non, je parle de la cohérence du récit et du rythme. Où est-ce que mon récit ralentit ? S’accélère ? Qu’est-ce qui pourrait poser un obstacle à la lecture ? Est-ce que cet enchaînement de fait est bien logique ? Est-ce que mes personnages sont crédibles ? Est-ce que cette scène a son utilité ?

Cette première relecture m’a permis d’identifier quelques gros travaux :

  • J’avais écrit mon récit à la première personne, au passé, ce qui créait une certaine distance avec l’action et manquait de fluidité (Nous fûmes, nous courûmes etc… Paye ton passé simple !). Pour un roman SF et aventure, on a trouvé mieux. Solution : tout transposer au présent.
  • Plus haut, j’ai mentionné l’utilité. Et bien certaines scènes étaient inutiles au possible. Elles ralentissaient l’action tout en n’apportant rien ou pas grand chose au récit. Solution : on coupe dans le gras ! Franchement, oui, ça fait mal au coeur, mais on n’a pas envie que le bouquin tombe des mains d’un éditeur.
  • Le rythme n’était pas bon sur certaines scènes. En gros, début trop long, fin trop courte. Solution : couper, réécrire…

Bref, ensuite il ne restait plus qu’à reprendre mes notes et me remettre au boulot.

ETAPE 3 : PREMIERE BETA LECTURE

Après avoir corrigé mon premier jet, il était l’heure de soumettre le manuscrit à la critique.  Et pour ça, il me fallait recruter quelques bêta lecteurs. J’ai opté pour une approche particulière, en variant énormément le style de personnes :

  • Le grand lecteur : vous voyez, cette personne qui lit de tout, a toujours un bouquin à la main, et qui en dévore au moins 50 par an ? Eh bien cette personne sera généralement capable d’aller au bout de votre récit, quelque soit le genre et même s’il est mauvais. Il pourra vous donner un avis objectif sur le style, le rythme, l’intrigue et vous fournira une critique détaillée de votre texte. Cette personne, pour moi, c’était mon papa, grand lecteur et aussi écrivain à ses heures retrouvées.
  • La personne qui ne lit pas du tout, genre, maximum un bouquin par an, et encore. Alors, ça ne fait peut-être pas beaucoup de sens dit comme ça, mais attendez, je vous explique le schmilblick : c’est quelqu’un qui n’aime pas lire. C’est quelqu’un n’ira pas au delà de la troisième page s’il n’accroche pas. Le bouquin peut lui tomber des mains à tout moment, s’il estime qu’il s’ennuie. Quoi de mieux pour tester l’accroche du récit ? Alors entendons-nous : si le roman c’est du Proust ou de la littérature scientifique, on peut oublier ce bêta lecteur de suite. Mais si on vise un genre plus accessible et que l’on veut tester si, justement, son livre est accessible, c’est un avis qu’il ne faut pas négliger.
  • La personne qui pourrait acheter mon livre : et là on parle du public visé. La fan de chick-lit. La fan de SF. Le fan de fantasy. Ou de roman noir. Bref, une personne qui est n’est pas forcément un lecteur assidu, mais qui a un genre de prédilection. Cette personne me dira très exactement en quoi mon bouquin peut être du vu et re-vu ou alors, au contraire, possède une vraie originalité.

L’idéal, c’était pour moi d’avoir plusieurs de ces lecteurs, proches ou moins proches, et d’organiser avec chacun d’eux une petite feedback session. Ce que j’ai fait en recrutant dans mon entourage personnel et professionnel. Et ensuite j’ai attendu anxieusement qu’ils finissent de lire mon bouquin.

ETAPE 4 : RECOLTER LES AVIS DES BETA LECTEURS

Peu de personnes seront capables d’elles-mêmes de vous donner une critique détaillée et précise. Et on ne peut pas se contenter d’un avis vague si l’on veut avancer, alors voici ce que j’ai demandé à chacun (autour d’un café naturellement, et surtout en les laissant parler) :

  • « Est-ce que tu as aimé ? » Rien qu’avec ça, on peut se faire une idée de la qualité du texte. Alors attention, il faut savoir décoder : beaucoup n’oseront pas me faire de la peine et me donnerons un avis bien plus positif que ce qu’ils pensent réellement (il y a d’ailleurs un tableau sur le site des éditions Humanis qui décortique les feedbacks).  D’où l’importance du recrutement de bêta lecteurs extérieurs (ou très francs) qui me diront tout de suite si ça ne va pas. Autre indicateur de sincérité : le temps de lecture. Si un « non-lecteur » me finit mon bouquin en moins de 48h, c’est qu’effectivement, je tiens quelque chose. Au contraire, si mon dévoreur de livre met un mois à terminer mon manuscrit, je peux supposer qu’il s’est vraiment ennuyé à mourir.
  • « Est-ce que l’univers est cohérent? »
  • « Est-ce que certains passages t’ont paru trop long ? Trop court ? »
  • « Est-ce que les personnages sont crédibles? »

Alors bien sûr, il ne s’agissait pas de faire toutes les modifications suggérées par les bêta-lecteurs, mais de recouper leurs avis pour identifier les changements à apporter au récit. J’ai dégagé quelques travaux à réaliser :

  • Raccourcir encore un début un peu long, parfois poussif.
  • Raccourcir deux chapitres dont la longueur entravaient le rythme.
  • Rajouter deux chapitres pour donner de la cohérence et une utilité à certains éléments du texte.
  • Rajouter un epilogue pour adoucir la fin, trop brutale.

Ne restait plus qu’à s’y remettre.

ETAPE 5 : DEUXIÈME ROUND DE BETA LECTURE

Parce que vous pensiez que c’était fini là ? Eh ben non ! Je suis retournée voir certains de mes bêta lecteurs avec ma version modifiée. Et j’en ai aussi recruté des nouveaux. Au total, 19 personnes m’ont donné leur avis.

Au final, mon parcours a plutôt ressemblé à ça :

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En tout, j’ai dû écrire une bonne dizaine de versions avant de tenir celle que j’enverrais aux éditeurs. Certains chapitres – plus particulièrement ceux du début – ont été réécris jusqu’à sept fois. Ce que j’ai retenu de cette expérience, c’est l’importance d’avoir du recul sur ce que l’on écrit. Les nombreux temps de repos, les bêta lecteurs, la multiplication des supports pour relire (papier, pc, kindle) sont autant de moyens qui m’ont permis de me distancer de mon texte et de voir ce qui n’allait pas.

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