Création d’univers : l’idée de départ

Bon, alors je préviens, cette série de posts va non seulement être très longue, mais aussi sujette à de nombreuses modifications, parce que je risque de revenir très souvent dessus pour l’augmenter. Tout ce travail se fait normalement dans ma tête, et c’est la première fois que j’essaie de le théoriser, il y aura donc inévitablement des oublis et des corrections qui m’amèneront à reprendre ces articles.

Ce que je vais tenter de décrire ici, c’est la méthode que j’emploie pour poser les bases d’un univers futuriste « réaliste ». Quand je dis futuriste, je parle bien sûr pour un roman d’anticipation ou de science-fiction qui se passe sur Terre avec des humains (mais bien sûr certains principes marchent aussi pour la colonie de Veracrasses sur Venga 2). Et quand je dis réaliste, je parle de la cohérence du monde créé, et d’une cohérence avant tout scientifique.
Un exemple tout bête : dans un monde ravagé par un cataclysme quelconque, où les plantes et les récoltes peinent à pousser, peut-on servir du boeuf à ses personnages ? A moins qu’ils n’occupent un rang particulièrement important, la réponse, en toute logique, doit être non. Déjà qu’au début du siècle dernier, avec de bonnes récoltes et une nature en bonne santé, nos arrière grands-parents ne mangeaient de la viande que rarement, alors imaginons dans un monde où la moindre pousse peine à sortir du sol… Très probable que l’élevage soit devenu anecdotique, et que les survivants préfèrent des animaux comme les poules – peu d’entretien, consomment très peu de nourriture et bonnes sources de protéines animales grâce aux oeufs. Enfin bref, vous voyez le tableau. Le but de toute la série d’articles sera de penser un univers de A à Z, des principes de base jusque dans les moindres détails de la vie quotidienne des personnages, aussi insignifiants soient-ils.

0. L’idée de départ

Avant de démarrer, observons un peu notre monde actuel afin de voir ou d’essayer d’apercevoir quelle avancée technologique, quelle menace, quelle tendance peut l’amener à changer complètement. Mon approche consiste d’abord à lister les phénomènes qui sont autour de moi, qu’ils soient à leurs balbutiements ou au contraire en train de boomer. Le jeu est simple : si je pousse une tendance au maximum, quels vont être ses effets ? Quels impacts environnementaux, sociaux, économiques etc… sur le monde actuel ? Quelles menaces faut-il oublier ou, au contraire, mettre à exécution ? Quels progrès en découleront ? Quelles catastrophes ?

Par exemple, voici un petit florilège absolument non exhaustif des phénomènes susceptibles (ou plus que susceptibles) de nous impacter dans les prochaines années:

  1. Le réchauffement climatique (et sa cohorte de menaces)
  2. La menace nucléaire
  3. L’effondrement des écosystèmes
  4. La conquête (commerciale) de l’espace
  5. L’absence de confidentialité sur le net / cybercriminalité
  6. La montée des populismes
  7. La résurgence d’Ebola / la multiplication des risques de pandémies
  8. L’augmentation de la population
  9. Les progrès de la médecine
  10. L’épuisement des ressources
  11. Les progrès de la technologie

Bon, on pourrait continuer cette liste ad vitam eternam et ajouter aussi plein d’autres phénomènes extérieurs (visite d’extraterrestres, météorites), mais arrêtons-nous là pour la démonstration.

Essayons un premier scénario : un grand classique c’est l’augmentation de 6, suivi de la mise à exécution de 2. Montée des populismes, suivi d’une guerre nucléaire.

Boom, un roman post-apocalyptique.

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Bon, on a les bases. Mais qu’arrive-t-il aux autres phénomènes et tendances que nous avons listés ? Bon, en cas de guerre nucléaire, dans l’immédiat on peut certainement dire adieu à la conquête de l’espace, à la médecine, la surpopulation bizarrement n’est plus un problème (ou en tout cas dans les zones impactées), les pandémies bof, ça passe éventuellement à la trappe. Si on fait connaissance avec nos héros le jour de l’explosion, ils auront certainement d’autres préoccupations que l’environnement et compagnie, mais si l’histoire se passe 10 ans, 20 ans, 50 ans après le cataclysme ? Qu’en est-il de 1, le réchauffement climatique ? Continue-t-il? L’espèce humaine a-t-elle encore accès au pétrole ou a-telle encore la possibilité d’en extraire ? Y a-t-il eu un hiver nucléaire et si oui, a-t-il ralenti ou stoppé le réchauffement ? Mais quid de 3 alors ? Comment les écosystèmes ont réagi aux changements ? Etc… Et dans une société en phase de reconstruction, peut-être que le point 9 devient essentiel pour traiter tous les cancers et autres malformations liés aux radiations ? Ou alors 11 et 4 deviennent les aspects centraux du récit, car l’humanité cherche désespérément à trouver un moyen de se casser d’une planète devenue invivable et qu’ils ne pourront réparer… L’exercice devient marrant parce qu’on peut obtenir des univers très différents seulement à partir de 2. et 6. : de la quasi extinction de l’espèce humaine et son retour dans des caves jusqu’à une lutte technologique pour la survie hors du système solaire, en passant par un monde enfin apaisé débarrassé des plus grandes puissances, à côté de celui à feu et à sang.

Un exemple :

5 ans après

  1. Le réchauffement climatique (et sa cohorte de menaces) – a été momentanément stoppé par un hiver nucléaire qui a fait chuter la température globale de 1,5 °C.
  2. La menace nucléaire – les US et la Russie se sont annihilés.
  3. L’effondrement des écosystèmes – a été accéléré dans un premier temps par l’hiver nucléaire et la chasse par les hommes qui essayaient de survivre. Ensuite le déclin des populations humaines a permis à la nature de reprendre ses droits dans de nombreux endroits.
  4. La conquête (commerciale) de l’espace – a été stoppé net car tous les sites de lancement et entreprises spatiales aux US et URSS ont été détruites. Mais les agences spatiales européennes, indiennes et chinoises sont encore là. Ce sont elles désormais qui doivent s’assurer de la bonne marche des réseaux satellites des grandes puissances détruites – le monde continue d’en avoir besoin.
  5. L’absence de confidentialité sur le net / cybercriminalité – les plus grands data center ont été détruits, ce n’est plus un problème.
  6. La montée des populismes – a atteint son paroxysme et causé le conflit. Plus aucun des dictateurs n’est en vie.
  7. La résurgence d’Ebola / la multiplication des risques de pandémies – n’est plus un problème comme le trafic aérien mondial est toujours interrompu et aucune maladie ne peut plus sauter d’un continent à l’autre.
  8. L’augmentation de la population – n’est plus un problème, l’hiver nucléaire ayant décimé l’humanité.
  9. Les progrès de la médecine – sont limités à la recherche contre le cancer liés à la radiation élevée qui subsiste dans certaines zones.
  10. L’épuisement des ressources – est moins un problème que leur accès. Les lignes commerciales sont rompues. L’énergie et la main d’oeuvre manquent parfois pour extraire certains minerais essentiels à la reconstruction.
  11. Les progrès de la technologie – sont stoppés net par la disparition des pôles d’innovation de la planète.

Ce n’est qu’un exemple très simple, bien entendu, fait en 5 minutes, mais suffisant pour commencer à penser un monde brisé par la chute des deux grandes puissances nucléaires et laissant les autres pays démunis devant le défi de la survie et de la reconstruction.

On peut imaginer des tas d’autres possibilités en poussant à fond d’autres phénomènes de de cette liste : 9, 4, 11, une pincée de 6, on a l’univers de The Expanse. 7 et 8 nous donnent un univers à la Contagion. 5 et 6 nous donnent un Big Brother qui contrôlent les moindres aspects de nos vies et nous fliquent sur les réseaux sociaux. Cette liste est courte et peu détaillée, mais on peut déjà imaginer de nombreuses possibilités d’évolution du monde actuel à partir de seulement d’un ou deux points.
Tout le travail de départ consiste donc à identifier quels éléments on veut booster, et déterminer quel sera l’impact sur les autres. Bien sûr, plus on intégrera de phénomènes, de tendances et de menaces, plus l’univers que l’on créera sera complexe, et plus il sera, à mon sens, réaliste. Il serait réducteur de décrire le monde actuel comme une société globalisée, capitaliste et tellement accro aux énergies fossiles que sa survie même est menacée. Ce ne serait pas forcément faux, mais ce serait passer sous silence un nombre incroyable de choses qui affectent nos vies. D’où l’idée d’avoir la liste la plus longue possible et de traiter des effets secondaires des choix que l’on fera dans tous ses éléments. Oui ça demande du « boulot ». Mais c’est ce qui est justement le plus marrant à faire – je trouve cet exercice très reposant :).

Dans le prochain article qui sera beaucoup beaucoup beaucoup plus long, je développerai l’approche qui m’a permis d’approfondir mes univers et de déterminer les grandes structures autour desquelles les sociétés grandissent, depuis l’énergie jusqu’aux organisations politiques et religieuses, en passant par la répartition des matières premières et les chaînes d’approvisionnement.

Une réflexion sur “Création d’univers : l’idée de départ

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