Comment créer une civilisation alien de toutes pièces ?

Si vous n’êtes pas au courant, j’écris des réponses sur Quora. Et la semaine dernière, on m’a demandé de répondre à la question suivante : Comment les auteurs de science-fiction obtiennent-ils des détails si élaborés sur des planètes et des civilisations au sein desquelles ils n’ont jamais vécu ?
Et je me suis dit que non seulement il y avait moyen de faire une réponse marrante, mais qu’en plus cela ferait un bon billet pour ce blog. Voici donc comment créer une civilisation alien de toutes pièces. Alors je préviens, si ce texte sera (très très) long, il s’agira néanmoins d’un exercice “rapide”, au doigt levé, comprenant pas mal d’approximations – libre à vous de proposer des édits appropriés. Il s’agit plus ici d’illustrer le cheminement que j’emprunterais si je devais m’y atteler plutôt que de le faire dans les règles de l’art. Vous noterez par ailleurs le grand soin apporté aux illustrations 😉

Etape 1 : choix du berceau de la civilisation

Nous les humains, nous nous sommes développés sur la terre, sur la surface d’une planète, d’une certaine masse (5,972 × 10^24 kg), tournant sur son axe en 24 heures et autour du soleil en 365 jours terrestres, avec une certaine obliquité, une certaine excentricité, une certaine précession… Des données de départ qui ont conditionné beaucoup de choses : la masse de notre planète a influé directement sur la taille de nos cellules, notre taille, notre morphologie, la manière dont on se déplace. La période de 24 heures est imprimée profondément dans nos cerveaux – le fameux rythme circadien. L’obliquité, l’excentricité et la précession – les Paramètres de Milanković — Wikipédia – jouent un rôle majeur sur la quantité d’énergie que l’on reçoit de notre soleil, sur l’alternance de saisons chaudes ou froides, les différences de températures entre hémisphère nord ou sud, continent et océan… Ce qui a joué un rôle sur la manière dont nous nous sommes développés sur le globe.

Ensuite notre planète possède plusieurs protections qui ont permis le développement de la vie telle qu’on la connaît : une magnétosphère qui nous protège des vents solaires, une atmosphère qui nous protège des météorites (celles-ci brûlent en y rentrant à grande vitesse), qui maintient une température plus ou moins constante et vivable sur notre caillou, avec une couche d’ozone qui nous protège d’une grande partie des UV. Nous avons aussi la chance d’être dans un système dans la banlieue de notre galaxie (tranquille donc), avec une grosse planète (Jupiter) qui a tendance à bouffer les astéroïdes et autres saloperies cosmiques qui pourraient venir faire un gros reset sur notre caillou.

Donc avant même de commencer à parler de mes aliens, je vais commencer par planter le décor qui les a vu naître, car celui-ci aura une influence direct sur leur anatomie, leur civilisations, habitudes… Bref.

Donc partons du principe que notre civilisation s’est d’abord développée sur une planète – quitte à la faire bouger ailleurs après – et, dans des conditions initiales similaires à la nôtre : planète rocheuse avec magnétosphère, atmosphère propre à la vie, protégée des hasards cosmiques, grosse présence d’eau. Oui, je sais, j’élimine quelques scénarios intéressants – une civilisation qui se serait développée dans un océan sous la surface gelée de leur planète (genre Europe) ou sous la surface de leur planète déserte (genre Mars) ou dans les nuages d’une géante gazeuse (genre Jupiter, coucou Jupiter Ascending), mais on va essayer de rester dans le réaliste “susceptible d’abriter une vie intelligente”.

Donc prenons une planète, “type Terre” et changeons quelques paramètres, au pif, pour le fun. Appelons là Grolard, planète rocheuse au milieu d’un système semblable au système solaire, le système Grosseboulien.

Voici notre système Grosseboulien.

Le soleil, “La Grosse Boule”, une petite rocheuse similaire à Mercure, “ Le lardon”, suivi de Grolard, sa soeur Vicelard (nous y reviendrons), une ceinture d’astéroïdes “La ceinture de cailloux”, et deux géantes gazeuses “Grogrolard” et “Grovicelard”. Un système ressemblant assez au nôtre donc : un soleil en milieu de vie, quelques rocheuses, des cailloux, des gazeuses. (Le schéma suivant n’est bien sûr pas à l’échelle)

Mais regardons de plus près Grolard, le berceau de notre nouvelle civilisation :

En voici les caractéristiques (choisies au hasard en tirant des pourcentage au sort et en les appliquant à la terre, hein, dans un vrai exercice hard SF, il faudrait s’amuser à calculer au moins l’orbite en tenant compte de l’influence des autres planètes):

Masse : 0.78 masse terrestre. 5.88 x 10^24 kg
Rayon : 1.06 celui de la Terre soit 6760 km
Excentricité de l’orbite : variant de 0.005 à 0.015. Une orbite quasi circulaire tout le temps donc.
Obliquité : entre 5° et 8°.
Précession : bon, là j’ai eu la flegme de calculer.
Jour : 20 heures terrestres.
Période de révolution : 300 jours grolardiens, soit 250 jours terrestres.
Température moyenne : 19°C
Continent : un seul “La Grande Terre”

Bon, on remarque que Grolard est plus grosse et moins lourde que la terre. À la surface de Grolard, on a donc une gravité plus faible que sur Terre. 8.58 Newtons, au lieu de 9.81 chez nous. Ce que nous dit la biologie gravitationnelle, c’est que la taille des premières cellules est inversement proportionnelle à la gravité, car cette dernière est un obstacle à leur croissance. De plus la gravité a demandé aux organismes multicellulaires de développer des squelettes, internes ou externes, afin de pouvoir s’extraire des océans et y résister. Sans compter des moyens d’assurer la circulation des fluides dans lesdits organismes. Donc si sur Grolard, la gravité est plus faible, on aura donc des cellules plus grandes que sur terre, et la vie complexe aura peut-être pu se développer plus vite et sortir plus vite des eaux.
Aussi, on remarque que sur Grolard, on a une excentricité de l’orbite quasi-nulle, qui ne varie pas beaucoup, donc pas de grandes variations de l’énergie qu’elle reçoit de son étoile, la Grosse Boule. Grolard a aussi une faible obliquité, donc de moins grandes variations de température dans les hémisphères entre les étés et les hivers.
Bon, je me suis amusée à ajouter du relief et quelques détails :

Il fait un peu plus chaud sous les tropiques donc j’ai des forêts près des côtes, les chaînes de montagnes accrochent les nuages et les empêchent de venir arroser l’intérieur du continent, créant ainsi une savane sur le plateau (on voit pas sur le dessin que c’est un plateau) au centre du continent. En dessous, en dessus, j’ai de grandes plaines, quelques grandes îles à l’ouest… Bon encore une fois, c’est fait au doigt levé.

Etape 2 : Création d’extraterrestre

On a vu dans l’étape précédente que la gravité affecte la morphologie des organismes. On peut donc imaginer que sur Grolard, tout soit plus gros, grand que sur la Terre ou moins musclé, moins puissant. Donc un environnement avec des arbres géants, longilignes, aux gigantesques feuilles, des cétacées énormes circulant dans “le grand bleu”… Vu qu’on a un seul continent et un seul océan, on peut aussi imaginer des environnements assez uniformes, avec les mêmes espèces plus ou moins partout. Je ne vais pas créer la faune et la flore ici, je pourrais, mais ce serait trop long. Je vais me concentrer sur notre extraterrestre intelligent.

Bon si je veux un extraterrestre intelligent, une civilisation, il me faut au moins trois choses :

  • Un gros cerveau essentiel au développement de l’intelligence et d’une pensée complexe.
  • Un squelette ou un exo squelette permettant de se déplacer, mais surtout protégeant le cerveau.
  • Des membres supérieurs capables de préhension – afin de manipuler des outils.

Ensuite on peut supposer qu’il a :

  • Deux yeux : pour construire une civilisation, il faut y voir. Deux sont obligatoires pour apprécier les distances, plus n’apporterait pas grand chose.
  • Un nez, ou en tout cas une ouverture pour respirer.
  • Une bouche pour ingérer des aliments.
  • Deux jambes – pourquoi pas quatre ? j’ai trouvé la réponse ici.

Ensuite, nous les humains, sommes descendus des singes. Ici, vu que la planète est quasi-entièrement couverte d’eau, je vais m’amuser faire descendre mon alien d’un animal amphibien, lui-même descendant d’un animal marin intelligent, type dauphin. Son cerveau ressemble donc à celui d’un cétacé, plus développé que le nôtre donc, et équipé d’un sonar, héritage de ses lointains ancêtres aquatiques. Son nez est situé juste entre les deux yeux – héritage de son temps amphibie, ce qui lui permettait de respirer en nageant en surface et en étant le moins visible possible pour chasser. Ses narines sont d’ailleurs verticales et sont à fermeture réglable. Il a une grande bouche garnie de dents pointues, héritage du temps où il avalait des animaux marins. Il communique par clic. Ses mains descendent de ses anciennes nageoires, équipées de six doigts chacune, dont un opposable. Ses jambes sont petites et courtes, ne s’étant jamais vraiment développé. Sa peau est très épaisse, type cuir, encore une fois héritage du temps où il chassait en plein soleil dans les eaux peu profondes. Car son ancêtre vient du grand lagon qu’on voit (mal) en haut à gauche de la Grande Terre, entre les îles et le continent. Il chassait autant du menu fretin dans les eaux peu profondes que des petits animaux sur terre, mettant au point des stratégies collaboratives avec ses pairs. Mais quand la nourriture a commencé à se faire rare, la faute à un cataclysme lambda, il a commencé à chasser de plus en plus sur terre, à s’y aventurer de plus en plus loin. Il a commencé à relever la tête pour mieux observer les environs et surtout pour repérer les prédateurs des grands arbres de la forêt équatoriale du dessous, utilisant au départ sa queue comme support pour se tenir debout. Puis il a fini par pousser l’expédition jusque dans la grande savane, où la posture debout s’est révélée essentielle pour chasser et utiliser au lieu son sonar pour localiser ses proies, laissant ses membres supérieurs se développer pour finir par former six doigts. Encore une fois, tout ça, c’est au doigt levé, hein.

Evolution du grolardais :

Voici son visage de face :

Non seulement ses rangées de dents sont une arme redoutable, mais alliées à son sonar, à son énorme intelligence et à sa très bonne collaboration avec ses congénères… Notre grolardais est un superprédateur qui a bientôt conquis tout le continent, et a développé une civilisation avancée.

Etape 3 : Création d’une civilisation.

Là pour parfaire l’exercice, il faudrait définir, à mon sens, les structures suivantes :

  • Leurs systèmes d’agriculture et d’élevage.
  • Leurs principales sources d’énergie, et dimensionner celles-ci – plus il y en a, plus ils peuvent aller loin dans leur conquête.
  • Les ressources minières auxquelles ils ont accès – sujet qui peut être couplé avec leurs ressources énergétiques – et ce que cela leur permet de faire, ou pas.
  • Leurs réseaux routiers/aériens et leurs voies d’échange sur la grande terre.
  • Leurs réseaux de diffusion de la connaissance, d’information.
  • Leur organisation politique, religieuse, financière etc…

Je peux essayer de jeter sur le papier quelques bases :

  • Les grolardais sont uniquement carnivores. Ils ont domestiqué plusieurs espèces qu’ils élèvent désormais dans des fermes verticales, et ceci pour économiser de l’espace. Ils nourrissent leur bétail grâce à la culture d’algues, bien plus facile à cultiver en surface de leur énorme océan, plutôt que de cultiver leurs rares terres arables.

Une tour d’élevage avec un pauvre grolapinou qui attend de se faire bouffer.

  • Les grolardais ont aussi des tour de pisciculture qui dérivent dans leur immense océan.
  • Les grolardais sont tellement intelligents qu’ils maîtrisent la fusion froide (lol, là on est vraiment dans la SF). Ils ont donc une source quasi illimité d’énergie. Alliée avec la très grande quantité de platine que renferme leur sous-sol, ils ont aussi des moyens quasi illimités de stocker leur énergie.
  • Les grolardais ont un seul continent mais un sous-sol extrêmement riche, plus riche que le nôtre. De plus, leurs fonds océaniques sont peu profonds et facilement accessibles. Bref, en théorie ici, je partirais du tableau de Mendeleiev pour essayer de voir ce qu’il y a, y a pas, présents ou et sous quelle forme… Mais on va dire qu’ils ont accès à tout facilement.
  • Les grolardais aiment vivre sur la côte qui leur rappelle leurs origines et sont encore très très à l’aise dan l’eau. Ils ont longtemps vécu par bancs, donc ils ont toujours tendance à naturellement former de grands groupes de plus d’une centaine d’individus, capables de se déplacer en totale coordination grâce à leur sonar et à la communication par clic.
  • Des réseaux de route ont remplacé les anciennes pistes. La route principale fait le tour du continent, et d’autres, secondaires, s’enfoncent à l’intérieur du continent où sont situées les fermes verticales.
    Principales voies terrestres :
  • Les grolardais communiquent toujours par clic, et donc c’est très tôt qu’une sorte de télégramme a constitué un moyen d’échange d’information à part entière. Leur écriture représente ce mode de communication, étant une série de différents point et de bâtons représentants les différents clics et leur intensité.
    Haiku grolardais :
  • Les grolardais ont encore un sonar : ils n’aiment donc pas les petits espaces où ils peuvent se sentir facilement à l’étroit. Par conséquent, leurs maisons sont toujours de grandes dimensions. Ces maisons ont d’ailleurs pour principal fonction de protéger le grolardais des éléments extérieurs, de fournir un environnement confortable et un espace de travail abrité. Les grolardais, en effet, n’en ont pas besoin pour dormir puisqu’ils peuvent mettre la moitié de leur cerveau en sommeil quand ils le désirent et continuer de vivre avec l’autre moitié. Les villes sont donc aussi de grande dimension, avec des tours très larges.
  • Les grolardais vouent une admiration sans borne à leur océan et à La Grosse Boule, dont ils considèrent qu’ils sont les enfants.

Etc, etc…

Je pourrais continuer longtemps, jusqu’au moment où un cataclysme a poussé nos grolardais à coloniser Vicelard, puis à construire des vaisseaux de grande dimension dans la ceinture de cailloux pour explorer les autres systèmes, faisant d’eux une civilisation nomade, en permanence en mouvement… Mais je pense que vous avez compris le principe. Un peu de science, quelques choix, de la logique, un peu d’imagination, à partir de quelques de conditions de départ bien définies, on arrive à construire un individu, une société, une culture, une civilisation.

Bien sûr, comme pour chacun de mes articles, libre à vous d’utiliser ce que j’écris pour créer vos propres nouvelles, romans, sagas en dix-sept tomes. Donc si vous voulez continuer de développer les grolardais et leur faire vivre des aventures, n’hésitez pas. 

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