Tout plaquer pour écrire des livres

Il y a un peu plus d’un an, en novembre 2016 pour être exact, j’ai eu deux semaines assez particulières. J’ai signé mon premier contrat d’édition, mon copain m’a demandé en mariage et on apprenait qu’il était transféré à Casablanca, au Maroc – et comme ça faisait trop de bonnes nouvelles d’un coup, Trump a été élu et j’en ai vomis.

Il y a donc un an, je quittais mon job, mon port d’attache (Genève), mes habitudes, pour écrire à plein temps. Alors attention, ne vous faites pas des idées, je ne suis pas en mesure de vivre de mes droits d’auteur. Loin de là. Seulement quand j’ai suivi mon cher et tendre, j’ai fait un constat : tu peux continuer à faire le même genre de boulot pour un très petit salaire, pour simplement avoir une ligne de plus sur ton cv, sachant que tu ne trouveras pas mieux que ton précédent job, seras sous-payée, stressée et que tu devras démissionner dans deux ans, OU tu peux travailler pour un salaire incertain, mais faire quelque chose que tu adores et essayer d’en faire une vraie carrière qui te permettra de suivre ton beau gosse anglais partout sans démissionner tous les deux ans. Vous le voyez le choix là ? Bref. Donc j’ai tout plaqué pour écrire des livres. Au bout d’un an, j’en dresse donc un premier bilan :

1. Je suis maître de mon temps

Ça a l’air bateau, mais décider seul de son emploi du temps, de quand on travaille, quand on fait une pause, quand on part en vacances, quand on se réveille, quand on va bouffer, quand on va aux toilettes… Ne plus avoir à prévenir qui que ce soit quand on choppe la crève. Ne plus avoir à demander la permission de poser une journée.

C’est dingue.

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Ça ne dispense pas de bosser, hein. Mais pour la première fois, je peux moduler mon agenda en fonction des heures où je suis productive. Je ne suis plus obligée de prendre ma pause dej’ quand je n’ai pas faim, je ne suis plus obligée de faire des meetings tôt le matin alors que je ne suis pas du matin, je ne suis plus interrompue au milieu d’une tâche parce qu’une requête (forcément à la con) vient de tomber, je ne suis plus soumise à l’agenda d’une entreprise ou d’un boss. Et putain, ce que ça fait du bien.

2. Je m’entends penser

Il faut à peu près trois semaines sans boulot pour réentendre sa voix, pour avoir la tête nettoyée du blablatage incessant créé par les divers problèmes de taff. « Est-ce que j’ai bien envoyé tel email ? » « Est-ce que j’ai bien précisé ci ? » « Est-ce que j’ai pensé à ça ? ». Toutes ces phrases sont lentement aspirées par le vide, petit à petit. Plus de « aujourd’hui, n’oublie pas, tu dois faire x ou x ou z » quand on se réveille le matin. Plus de « note bien h, g ou d pou plus tard » dans la journée. Plus de trucs qui vous tournent dans le ciboulot quand on s’endort. Le calme. Et je me suis rendue compte, quand tous ces trucs ont disparu, à quel point ils avaient étouffé le fil de mes pensées. Maintenant, je m’entends à nouveau.

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3. C’est pas parce que ton environnement ne te stresse plus que tu ne stresseras plus

Alors, le calme revient. On sent ses épaules se détendre, le dos se relaxer, le ventre se relâcher. Les noeuds de stress se défont les uns après les autres. Mais il en est resté quelques uns, et pas des moindres. C’est là je me suis rendue compte que mes problèmes d’anxiété n’étaient pas que le fruit de ma vie « corporate » et des charges qui pesaient sur mes épaules, des examens, des concours, bref, qu’intrinsèquement j’étais quelqu’un capable de se faire une montagne à partir de rien. Voilà, au lieu d’écouter ma mère, qui m’avait toujours dit que j’étais « bileuse par nature », j’ai mis mon anxiété sur le dos de facteurs extérieurs. Résultat, pendant des années, je n’avais pas saisi le problème à la racine et je l’avais laissé m’empêcher de profiter pleinement de la vie. J’y travaille donc désormais.

Bref, en enlevant les contraintes extérieures, j’en ai beaucoup appris sur moi et sur mon mode de fonctionnement.

4. Je n’ai jamais autant travaillé

Déjà, je suis mon propre boss : alleluia, bordel ! Alleluia ! YASSS !!!

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Mais je travaille beaucoup plus. En fait, non, je ne travaille pas, je n’ai plus l’impression de travailler. Ecrire toute la journée, le soir, les week-ends, ça ne me dérange pas, au contraire. Et comme j’aime ce que je fais, j’y consacre tout mon temps. Je sais déjà que si je réussis à en vivre et à me créer une carrière d’écrivain, je ne prendrai jamais ma retraite.

5. Le temps encore…

Je pensais qu’en quittant mon job, je pourrais faire plein de trucs, je comptais me remettre au surf, au kravmaga, au yoga, au dessin, reprendre des cours de chant, de violon, m’inscrire aux cours de darjia et de danse orientale, suivre les ateliers cartonnages, recommencer mes travaux de couture, apprendre la photo… Tout en écrivant mes romans, mes posts de blog, mes réponses sur Quora, en développant ma présence sur les réseaux sociaux, etc… Hein ? Pardon ? Comment ?

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Il y a toujours 24 heures dans une journée dites-vous ? 7 jours dans une semaine ?

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Bon bah je pensais pouvoir faire absolument tout ce qui m’intéressait, mais non, il faut faire des choix. Surtout, il faut faire un choix : quelle est la priorité absolue ? L’écriture forcément. Ça fait déjà six à huit heures par jour. Ensuite, le surf, mon autre grande passion : une session me prend deux bonnes heures minimum. Et il faut bien manger, voir mon anglais, voir des gens… Ça laisse un peu de temps pour le reste le week-end, mais pas la quantité d’heures nécessaire pour devenir une experte dans toutes les disciplines qui m’intéressent. Donc l’agenda se remplit vite, les journées passent à toute allure et… et je ne peux pas tout faire ! Quand je pense que certains collègues me disaient que je m’ennuyerais sans travail… Bah, non !

6. Attention à l’aliénation

Je suis tellement absorbée par mon travail qu’il m’est facile d’oublier de voir des gens. Moi qui était quelqu’un de très sociable, je suis devenue solitaire, parce que la solitude est nécessaire à mon processus créatif. Résultat : je n’ai pas fait attention et me suis laissée enfermer à quelques reprises dans mon propre espace mental, dans mes mondes imaginaires. Au cours de cette année, je n’ai jamais autant compris la folie, je ne l’ai jamais autant touché du doigt, je n’ai jamais été aussi consciente de la fragilité de ma psyché – psyché qui a aussi été, je dois l’avouer, fortement impactée par le décès de mes grand-parents maternels à trois semaines d’intervalle ce Noël. J’ai eu à quelques reprises l’impression de marcher sur une corde raide d’où il m’aurait été facile de basculer, de sombrer ailleurs que dans la réalité. Autant vous dire que la leçon a été apprise, maintenant je fais TRÈS attention, et j’essaie d’aérer ma tête tous les jours pour ne pas me laisser happer.

En conclusion, je pense que cette année a été une des plus enrichissantes et productives de ma vie. Je n’ai pas seulement corrigé un livre et écrit deux autres, développé ma créativité et mes connaissances, je n’ai pas seulement « travaillé » ; j’en ai surtout appris énormément sur moi-même. J’ai voyagé intérieurement et découvert des méandres inconnus de ma psyché, des parties de moi que je ne connaissais pas. J’ai pu décortiquer mes schémas de pensée, analyser mon rythme naturel de sommeil et d’éveil, ma digestion, débusquer les noeuds d’angoisse qui se camouflaient dans le bruit du stress quotidien. Quelque chose qui, j’en suis sûre, n’aurait pas été possible en continuant le rythme de vie que j’avais avant. Rien que pour ça, ça valait le coup, car si un jour je devais reprendre un travail salarié ou changer de vie à nouveau, je sais que cette nouvelle connaissance de moi-même me permettra d’aborder ce tournant avec plus de sérénité. Si vous avez donc l’occasion de vous prendre quelques mois « off », foncez, je le recommande chaudement.

Des bisous.

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