Comment réussir son invasion extraterrestre ?

Il y a quelques mois, j’ai répondu à cette question sur Quora : À quoi ressemblerait une invasion alien compétente à l’instar de ce qui est montré par les films hollywoodiens ? Et il m’a semblé que cela ferait un bon article pour la série « création d’univers » car ce scénario d’une part montre l’importance des réseaux, et d’autre part, débouche sur un nombre fou d’histoires potentielles. Donc sans plus attendre, comment réussir une invasion extraterrestre ?

Déjà, pourquoi voudraient-ils nous envahir ?

S’ils veulent nous envahir, c’est probablement parce qu’ils veulent la terre elle-même : un espace habitable et sympa est à mon avis la seule ressource qu’ils puissent convoiter – si par exemple leur planète d’origine est similaire à la nôtre, mais a été détruite ou est trop peuplée, s’ils ont besoin d’une prison d’un sanctuaire religieux, ou si la loi intergalactique définit qu’un système appartient à une nation à partir du moment où ils établissent une présence indiscutée sur l’un des mondes. Sinon la terre ne dispose d’aucun élément qui ne se trouve en quantité énorme ailleurs dans l’univers, dans des nuages, des lunes, des ceintures d’astéroïdes, bref à des endroits facilement plus accessibles que notre planète, un gros puits gravitationnel. Par exemple : une astéroïde est constituée entièrement de platine, on trouve de l’eau , ou encore du méthane sur Titan.

Une de nos ressources est rare : la vie, le vivant, son patrimoine génétique – en tout cas aux dernières nouvelles. Mais y a-t-il besoin d’envahir la planète pour se l’approprier ? Non. Autant rester bien planqué dans un coin d’espace, envoyer quelques vaisseaux étudier la planète, capturer furtivement quelques habitants pour ensuite regarder leur ADN en détail, et si ça représente un quelconque intérêt, reproduire massivement ces êtres dans des fermes plutôt que d’aller s’amuser à perdre de l’énergie en rentrant/sortant du puits gravitationnel Terre. En tout cas nul besoin de “conquête” à mon avis, cela risquerait d’abîmer la ressource “vie” convoitée et ce serait comme utiliser un lance-flamme pour capturer un moustique : inefficace.

La seule chose qui vaille la peine d’envahir la Terre, c’est donc la Terre elle-même : un bel endroit où poser ses valises, respirer librement (s’ils ont besoin de la même atmosphère que nous) et faire des petits, ou alors jeter ses ennemis pour y croupir sans violer la convention de Genève intergalactique.

Donc malheureusement pour nous, s’ils veulent s’installer, ils voudront certainement tuer les actuels occupants. Je vois donc plusieurs moyens de “bien” nous envahir :

 

Une bonne petite pandémie des familles

 

Bon ça, c’est simple et efficace. Si les aliens nous observent depuis un certain temps, ont pu enlever quelques personnes pour nous étudier, ils devraient être capable de créer un virus bien méchant bien mortel et de le larguer partout dans le monde. Ils n’auraient même pas à se révéler avant qu’il ne reste plus qu’une poignée de survivants. Ce scénario a déjà été exploité par La cinquième vague par exemple, où la maladie fait partie de l’arsenal des envahisseurs. Moi, j’en fait le synopsis suivant :

  • À Londres, Paris, Pékin, New-York et Tokyo, cinq femmes s’effondrent au même moment. Dans l’heure qui suit, une série de malaises se produit partout dans le monde. Les hôpitaux sont bientôt débordés. Quand les malades se mettent à mourir les uns après les autres, la Terre se rend compte qu’elle est la victime d’une terrifiante arme biologique. Au bout de quelques jours, seules restent vivantes les communautés les plus isolées du globe. Alice, éleveuse de chèvre dans le massif central, Fo, moine tibétain vivant en ermite, Jason, trappeur dans le grand nord canadien et Lankenua, fermière masai sur le plateau kenyan, vont devoir, chacun de leur côté, faire face à l’arrivée des envahisseurs, et essayer comme ils peuvent d’organiser la résistance des derniers humains. 

La stratégie du grand singe qui ne sait plus faire du feu sans briquet

Mais partons du principe qu’il reste encore trop d’humains après la pandémie ou qu’ils n’arrivent pas à créer un virus qui soit à la fois suffisamment efficace et inoffensif pour eux-mêmes – ils pourraient très bien être physiologiquement proches de nous.

Premièrement, je pense qu’ils n’ont aucun intérêt à se révéler. S’ils sont bien planqués dans un bout d’espace à proximité de la terre, il sera impossible pour nous de répliquer, déjà parce que qu’on arrivera pas à les trouver, et parce qu’ensuite, on aura toutes les peines du monde à sortir une fusée pour les atteindre, vu que comme on le verra, ils auront certainement détruit tous les pas de tir.

Deuxièmement, je pars du principe qu’ils veulent faire le moins de dégâts possible et qu’ils ont envie de visiter Le Louvre, Londres et New York, mais sans nous. Ils veulent la Terre, sans ses humains. Donc il leur faut nous faire crever en abîmant le moins possible ce qu’il y a autour. Nous affamer, nous faire mourir de froid, nous pousser à nous entretuer. En gros, nous priver des ressources qui nous permettent de nous entasser dans les grandes villes. Voilà ce que j’imagine pour y parvenir :

  • Détruire nos réseaux de télécommunication :
    • Griller tous les satellites : une petite bombe nucléaire en orbite peut griller nos satellites, comme on en a fait l’expérience avec le projet Starfish Prime en 1962 : Starfish Prime – Wikipedia
    • Détruire internet : en coupant tous les câbles, en détruisant tous les serveurs et data centers. C’est pas une mince affaire, mais avec la puissance d’une armée alien, faisable : How to Destroy the InternetEn quelques bombinettes, plus personne ne peut plus parler avec personne, plus moyen de relayer l’information à part avec les bonnes vieilles ondes radios, on n’a plus de GPS donc une partie de nos missiles ne peuvent plus être guidés. Ça rend la coordination nationale ou internationale pour une riposte quasi impossible.
  • Détruire nos principaux réseaux physiques
    • Destructions de tous nos pipelines et gazoducs grâce à quelques mini bombinettes bien placées. Regardez bien les cartes sur Cartes des pipelines dans le monde (Oléoducs, gazoducs et produits dérivés), il n’y en a pas non plus des masses. Ils peuvent aussi détruire les principales raffineries.
      Là pour le coup, en quelques bombes, ils peuvent rapidement nous couper le robinet, et nous on ne peut rapidement plus se chauffer, se déplacer, transporter et produire notre bouffe.
    • Destruction de notre réseau électrique : en imaginant qu’ils veulent récupérer notre planète plus ou moins intacte, ils ne détruisent alors pas nos centrales nucléaires (ils ne veulent pas de pollution radioactive), mais les noeuds principaux du réseau, et éventuellement les centrales à charbon et gaz. Avec ça, je pense qu’on peut créer un joli black out bien durable. Le chaos serait immédiat : le black out de New York dans les années 70 a généré des émeutes et des pillages monstres alors qu’il n’y avait plus d’électricité depuis à peine quelques heures.
      Regardez bien le réseau électrique européen : vous coupez quelques lignes et noeuds, et le réseau est foutu.main-qimg-b955dfb0ea74d5107482329cfb99fd15.gif
    • Destruction des principaux ports et points névralgiques du commerce mondial : ça c’est plutôt simple, il suffit de quelques bombes suffisamment puissantes sur les principaux canaux et sur les docks des ports. Il n’y en a pas des masses, comme on peut le voir sur la carte. Résultat : impossible d’acheminer plus de pétrole, de charbon, de bouffe ou d’autres biens nécessaires. La rupture des chaînes d’approvisionnement rend impossible d’acheminer plus de matériel pour réparer les dégâts fait précédemment.

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Il ne manque plus que quelques petites bombes sur des pistes d’aéroport, quelques autoroutes, et voilà, on ne peut presque plus rien acheminer nulle part.

Admettons qu’ils balancent tout ça en même temps. PAF ! d’un coup, on se retrouve privés de nos chaînes d’approvisionnement, et on doit fonctionner sur nos maigres réserves en sachant qu’elles ne seront pas suffisantes pour tenir jusqu’à ce que tout soit réparé – réparations de l’ordre de l’impossible car plus de chaîne d’approvisionnements ! et le chaos qui s’installera n’améliorera pas le schmilblick. On crée un joli cercle vicieux : les dégâts créent des pénuries, qui créent du chaos, qui créent plus de dégâts/empêche de réparer les infrastructures, ce qui génère plus de pénurie donc plus de chaos…

Là, très clairement, les aliens n’ont plus qu’à attendre. Attendre l’épuisement des réserves stratégiques de pétrole (60 à 90 jours), l’épuisement des stocks de nourriture dans les grandes villes (il me semble que c’est 15 jours pour Paris). Attendre que les agglomérations rejouent à la guerre du feu, que les populations s’entretuent pour le peu de ressources à leur disposition. Quand ils estiment que c’est bon, suffisamment de morts, le reste des gens suffisamment isolés et/ou mal nourris, il ne leur reste plus qu’à arriver sur la terre.

C’est là que c’est délicat. Les humains, il en restera quand même beaucoup, et même affamés, ils auront suffisamment peur pour se cacher partout. Ça pourrait prendre trop de temps de tous les buter. Donc je propose la stratégie suivante :

Le gentil alien ou “arriver en sauveur”

 

Quelle preuve avons-nous que ce sont bien eux et pas d’autres aliens qui nous ont attaqués ? Bah aucune ! Les mecs sont restés planqués au fin fond de l’espace, on ne les a pas vus ! Certains pays seront peut-être même persuadés que c’est leur voisin qui leur a fait sauter leur pipeline ! Alors nos bonhommes verts peuvent très bien prétendre qu’ils sont sympa, et qu’en fait, toutes ces attaques, c’était la première salve de cette autre race alien dont ils sont les ennemis héréditaires, et que s’il n’y a pas eu plus de dégâts, c’est parce qu’ils étaient là et qu’ils ont détruit une partie de leur flotte et les ont pris en chasse. Et ensuite ils ont décidé de revenir pour nous protéger et nous aider, car ils craignent d’autres attaques contre nous ! Ce sont eux les gentils en fait ! Il ne leur reste plus qu’à mettre en place des camps de réfugiés un peu partout et inviter les humains à s’y rendre pour être à l’abris de cette prochaine attaque imminente. Des camps de réfugiés avec bouffe et tout le confort qui auront l’air bien séduisants pour des gens affamés.

Ensuite, il faut vraiment jouer les gentils : être adorable avec nous quelques semaines/mois. Nourrir, soigner les gens, offrir des opérations médicales qui nous sembleraient impossible – guérir les cancers et co. Simuler des attaques de “l’autre civilisation alien” dont ils nous protègent, et les déjouer devant nous. Reconstruire nos infrastructures. Nous endormir pour que la quasi totalité des humains veuille aller dans ces camps, et les perçoivent comme le seul refuge contre l’autre méchante civilisation alien et le chaos qui continue de régner à l’extérieur. Et quand suffisamment de gens sont dans ces camps, les fermer, buter tout le monde. Traquer les quelques gugus encore dehors. Laisser en vie des spécimens pour le zoo, ou les quelques tribus qui vivent coupés du monde et dont ils se foutent.

Aller s’installer au Louvre et prendre des selfies devant la Tour Eiffel. #earth #holidays #funnyhumanbuilding

Bon ça, c’est le scénario global de l’attaque version Hollywoodienne. Mais quelles histoires peut-on en tirer ? Oh mais des tas…

  • Cathy, 16 ans, est en cours de français quand le courant et internet s’éteignent subitement. Alors que le chaos s’installe dans Paris, elle traverse la capitale à pied pour rentrer chez elle. Au bout de dix jours, elle est toujours sans nouvelles de sa mère, sans possibilité de la contacter. Cloîtrée dans son appartement à cause des pillages, à court de nourriture, elle est confrontée à un choix : rester l’attendre ou partir avec ses voisins qui s’enfuient vers la campagne.
  • Gabriel, capitaine de la marine marchande, est en vue du Havre lorsqu’une déflagration détruit les docks. Piégé en rade avec le reste du trafic maritime, il tente d’établir un contact avec la terre pour savoir vers où dérouter sa cargaison. Quand au bout de quelques jours, l’armée réussit enfin à mettre en place un port artificiel pour décharger les containers au compte-goutte, il se retrouve en bas de la liste d’attente. Enfermé sur son bateau avec son équipage pour au moins plusieurs semaines, sans nouvelles de leurs familles et avec des réserves de nourriture qui s’amenuisent, ils tentent de s’organiser pour survivre.
  • Conan, ingénieur chez Google, assiste impuissant à la destruction de tous leurs serveurs de données. Commence alors pour la compagnie une lutte pour la survie et une course contre la montre: mobiliser le peu de ressources disponibles avec les autres tech companies de Californie pour relancer internet. Conan vit dans ses bureaux, gardés et approvisionnés par l’armée, quand les Ulchors, aliens venus en paix, débarquent sur terre en promettant de protéger les humains et réparer les dégâts. Conan et ses équipes sont bientôt sommés de travailler avec eux : mais lorsqu’il étudie d’un peu plus près les serveurs ultra-perfectionnés fournis par les aliens, le doute l’assaille. Ces appareils sont-ils vraiment destinés à des humains ou sont-ils les bases d’un réseau de communication planétaire pour le seul usage des Ulchors ?
  • Quand Laurent, jeune veuf vivant dans une ferme retirée du monde en pleine campagne nantaise, voit arriver des cohortes de réfugiés venus de la ville, il les accueille à bras ouvert. Très rapidement, une petite communauté basée sur l’entraide se forme autour de lui et peut bientôt manger à sa faim grâce au produit de sa terre. Mais les attaques par des bandes se multiplient contre eux et les implantations agricoles alentours. Les tensions apparaissent au sein du groupe. Thibaud, l’un des survivants, ne veut plus seulement se défendre : il veut en découdre avec ceux qui leur ont dérobé leur dernière récolte. Laurent, pacifiste dans l’âme, n’est plus écouté et se retrouve presque dépossédé de sa propre ferme. Quand les Ulchors débarquent et que Thibaud décide d’emmener tout le monde avec lui dans les camps de réfugiés qu’ils ont ouvert, Laurent, attaché à ses terres et flairant le piège, fera tout ce qu’il pourra pour retenir ses compagnons.
  • Juste avant que les réseaux ne soient coupés, Magali, 40 ans, découvre que sa fille, Pauline, 17 ans est atteinte d’un cancer métastasé. Malgré la crise, Pauline commence son traitement, mais bientôt l’hôpital se retrouve en pénurie de médicaments. Magali, désespérée, fait à pied le tour des hôpitaux et laboratoires de la capitale à feu et à sang, à la recherche des produits de chimiothérapie pour sa fille. Sans succès. Alors quand les Ulchors débarquent et ouvrent des dispensaires miraculeux dans leurs camps, elle n’hésite pas : elle y emmène son mari et ses enfants. La thérapie fonctionne au-delà de toutes ses espérances : en quelques jours, Pauline est guérie. Mais si elle est reconnaissante envers les Ulchors, Magali trouve étrange qu’on ne l’autorise pas à sortir pour aller chercher ses parents. Plus les réfugiés affluent, et plus ses doutes grandissent…
  • Kansas. John, 18 ans, est amoureux de Sandra, sa voisine, depuis la maternelle. Quand les attaques débutent, sa famille et la sienne se serrent les coudes et unissent leurs forces pour survivre. Mais lorsqu’un matin, il découvre que sa famille et elle sont partis dans un camp Ulchors alors qu’il soupçonne le pire, il décide d’y aller aussi, avec un objectif : tout faire pour la sortir de là.

Je pourrais continuer encore très longtemps comme ça, mais j’ai peur d’y passer la nuit. Bien sûr, libre à vous d’écrire vos propres histoires à partir de ce scénario, même s’il n’est pas exclu que j’en fasse quelque chose un jour.

Des bisous !

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Une réflexion sur “Comment réussir son invasion extraterrestre ?

  1. Jean-Christophe FIGUEROA dit :

    C’est Génial, j’adore !!!
    Des bribes de roman, voilà qui est nouveau et original, et qui donne loisir à chacun de « remplir les blancs »
    Si tu en génères suffisamment (autour de 150 pages ?) cela devrait même intéresser un éditeur?
    En tout cas Bravo, je suis lecteur assidu de SF, depuis les premiers Asimov et to,n imagination débordante (et bien documentée ne démérite pas….)
    A bientôt pour la suite?
    Jean-Christophe

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