Comment et pourquoi j’ai pris un agent

Alors, il y a quelques semaines, j’ai terminé d’écrire mon quatrième roman – je vous en parlais ici, il s’agit de Ravages, récemment renommé Migraines. Pour une fois, je n’ai pas fait une dépression post scriptum, comme pour les deux premiers tomes d’In Real Life, ça a été, au contraire, un moment de grande joie, vas-y-fais-péter-le-champagne. MAIS, parce que forcément il y a un mais, après la douce euphorie de ma victoire sur ce texte, sont revenus au grand galop des sentiments que j’avais perdu l’habitude de côtoyer depuis la fin de mon tout premier roman : doute, incertitude, une certaine forme d’angoisse, le mix qui correspond à mais à qui vais-je bien pouvoir envoyer ce manuscrit ?

Oui, cet article sera uniquement illusttré avec des gif de Michael Scott.

C’est une question que je ne m’étais pas posée pour les tomes 2 et 3 d’In Real Life et que je ne me poserai pas pour mes livres pour jeunes adultes : forcément, ces textes-là iront en priorité à mon éditrice chez Milan, en qui j’ai toute confiance. Par contre, pour Migraines, un récit noir pour adulte, je me suis retrouvée avec cette impression d’être revenue à la case départ. Il fallait chercher un éditeur, faire des envois papier, croiser les doigts très fort, laisser la chance décider… Je dis la chance, car oui, un envoi par la poste ressemble un peu à un lancer de dé : comment savoir si le manuscrit va correspondre à ce que recherche en ce moment une maison d’édition ? (Une ligne éditoriale peut changer, les livres qu’on va voir en librairie peuvent très bien ne plus correspondre à la nouvelle direction prise pour une collection.) Comment savoir quelle maison d’édition pourrait non seulement publier mon texte, mais aussi vraiment tabler dessus ? Et puis bien me rémunérer en plus ?

Car voilà, pour In Real Life, j’avais eu une chance insolente : mon texte s’était retrouvé en haut d’une pile de manuscrit au moment où mon éditrice devait en prendre un pour partir en week-end. Milan, une très bonne maison, une maison qui de surcroît croyait en mon texte, m’a dit « oui » en premier. Il me fallait un miracle du même acabit pour Migraines, et sachant que c’était statistiquement improbable d’aussi bien tomber deux fois de suite, je devais trouver une autre méthode… Il devait bien y avoir un moyen de savoir qui serait intéressé par ce texte et pourrait lui offrir les conditions optimales de publication, non ?

Eh bien, oui. Ça s’appelle un agent littéraire. Un agent littéraire va placer vos manuscrits chez l’éditeur qui en prendra le meilleur soin, négocier vos contrats de publication, vos contrats d’adaptation audiovisuelle, de traductions et je ne sais combien d’autres, vous conseiller sur votre carrière (quel livre écrire ensuite, pour qui etc.), vous proposer des missions et travaux d’écriture entre deux manuscrits… Bref, c’est un expert du monde littéraire, qui, rémunéré à la commission (typiquement 10 à 15% de vos DA) a tout intérêt à ce que vous réussissiez et que vous puissiez en vivre. (Dans le monde de l’édition anglo-saxon, les agents font même partie intégrante de la chaîne du livre : un auteur cherchera d’abord un agent pour le représenter et ensuite, celui-ci approchera une maison d’édition avec le manuscrit auquel il aura souvent contribué à retravailler.) Donc moi je me suis dit, tiens, pour Migraines et pour les manuscrits suivants, c’est ça qu’il me faudrait ! Un agent !

Je me suis donc renseignée plus avant sur le sujet : j’ai fureté sur le site de Cindy Van Wilder, sur celui de Samantha Bailly – si vous cliquez sur ces liens vous irez directement sur les articles concernés – et je me suis mise en quête d’un agent pour me représenter moi et Migraines. Sur les conseils de Cindy, je suis allée sur le site de la SFAAL, le Syndicat Français des Agents Artistiques et Littéraires, et j’ai commencé à ouvrir tous les sites internet les uns après les autres. Déjà, j’ai eu l’impression d’être piégée dans une bulle temporelle style « Jour de la marmotte » parce que la plupart des agences utilisent rigoureusement le même site web – site web pas réactif du tout d’ailleurs. Ensuite, j’ai dû passer un temps fou à éplucher des cvs – vu qu’il fallait souvent aller ouvrir une bonne dizaine de profil d’auteurs pour avoir la confirmation que l’agence représentait surtout des scénaristes et pas des romanciers. Pour enfin, après des heures de travail, arriver à la conclusion que des agents littéraires en France, il y en avait peu. Très peu. Très très peu. Genre presque pas. En fait, sur toute la liste, j’ai fini par n’en trouver que seize.

Bref, seize, pour toute la France. Mais le travail d’élimination n’était pas terminé. Car certes, il n’en restait plus beaucoup, mais sur ces seize, il y en avait pas mal dont je savais déjà que je ne les intéresserais pas : mes bouquins étaient à mille lieux de ceux qu’ils avaient l’habitude de défendre. J’ai donc fini par en isoler… quatre. Fin mai, j’ai envoyé quatre emails. Quatre emails, dont un à l’Agence Kalligram – Déborah Marrazzu, une amie autrice, m’en avait parlé quand elle avait ouvert.

Début juin, je recevais donc dans ma boîte de réception une réponse de Karine Lanini, fondatrice de l’Agence Kalligram, m’informant qu’elle aimait beaucoup mon manuscrit et me demandant si je pouvais lui transmettre le premier tome d’In Real Life – vous vous en doutez, cris de joie, j’imite superman dans la maison, j’appelle mon mari, mon père, ma mère, mes soeurs, démonstration de joie intense classique quoi ! Quelques jours plus tard, Karine a terminé de lire mes livres et un rendez-vous Skype est pris pour discuter d’une possible collaboration.

Bon, vous l’aurez deviné avec le titre de cet article : le courant est bien passé et nous avons décidé de travailler ensemble ! Contrat signé, j’ai donc un agent !

C’est là que ça devient comique : vous vous souvenez de la fabuleuse histoire du contrat d’édition ? Comment je me suis cassé l’orteil droit après avoir reçu le premier email de mon éditrice ? Bah je me suis cassé le même orteil au pied gauche le jour où j’ai signé mon contrat avec l’agence Kalligram. Il semblerait que je sois condamnée à célébrer chacun de mes succès littéraires par une fracture – ou dans le cas de la sélection pour le Prix Utopiales Jeunesse, par un oeil enflammé puisque l’infection a commencé le lendemain matin.

Voilà donc, je suis désormais représentée par un agent, et c’est pour moi un grand soulagement : je ne suis plus seule dans la grande jungle littéraire, j’ai un guide. Je peux me concentrer sur l’écriture sans avoir à me triturer les méninges sur les étapes d’après, puisque les étapes d’après, mon agent s’en occupe pour moi – et croyez-moi, c’est une énorme charge mentale en moins. Bref, ce n’est encore que le début de cette nouvelle aventure, mais je me réjouis par avance de la vivre !

2 réflexions sur “Comment et pourquoi j’ai pris un agent

  1. Juliette dit :

    C’est vraiment très intéressant ! Quand tu as contacté les différentes agences littéraires, qu’as-tu envoyé en particulier ? Ton manuscrit, un CV, un bref descriptif de ton parcours ?

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    • Maiwenn Alix dit :

      Merci Juliette ! Typiquement, il est demandé une courte présentation/biographie de l’auteur, un synopsis complet, et les 3 premiers chapitres/la totalité du manuscrit – ça varie en fonction des agences 🙂

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